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nephrologie manuel n°7
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Chapitre complet. Hypercalcémie - Hypocalcémie
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Hypercalcémie-hypocalcémie pdf
UE 8. Circulation - Métabolismes.

N°266. Hypercalcémie

Objectifs

  • Argumenter les principales hypothèses diagnostiques et justifier les examens complémentaires pertinents.
  • Identifier les situations d’urgence et planifier leur prise en charge.



N°265. Hypocalcémie

Objectifs :

  • Savoir diagnostiquer et traiter une hypocalcémie

  Hypercalcémie (Item N°266)

 I. INTRODUCTION

Le calcium est réparti de façon majoritaire au niveau osseux (tableau 1), les modifications de sa concentration sérique ont des conséquences aiguës ou chroniques parfois graves.

Tableau 1 : Distribution du calcium dans l’organisme

Contenu en calcium*
Situation Concentration mol mg
Os 99 % ≅31,4 x 103 ≅1 255 x 103
Fluide extracellulaire 2,4 mmol/L 35 ≅ 1 400
Fluide intracellulaire 0,1 µmol/L < 1 < 40
Total ≅31,5 x 103 ≅ 1 260 x 103

* Pour un sujet de 70 kg

L’hypercalcémie est un problème clinique fréquent.

Il faut distinguer l’hypercalcémie vraie, avec élévation du calcium ionisé des fausses hypercalcémies par augmentation de la fraction liée aux protéines. En effet, 40 à 45 % du calcium sérique est lié aux protéines, principalement à l’albumine. Une hyperalbuminémie, par déshydratation sévère par exemple, conduit à une augmentation du calcium total, mais sans élévation du calcium ionisé.

Le bilan d’une hypercalcémie doit donc comporter un dosage du calcium ionisé et un dosage d’albuminémie.

L’hypercalcémie totale est définie par une concentration plasmatique supérieure à 2,55 mmol/L, une hypercalcémie ionisée par une concentration supérieure à 1,3 mmol/L. En cas d’hyperalbuminémie, on peut calculer la calcémie corrigée, qui est la valeur de calcémie qu’aurait le patient s’il n’avait pas d’hyperalbuminémie, permettant in fine de distinguer une hypercalcémie vraie d’une pseudo hypercalcémie :

Ca corrigé = (40 – Alb) x 0,025 + Ca total

L’expression clinique des hypercalcémies est très variable. Elle dépend du niveau de l’hypercalcémie et de sa vitesse d’installation. 10 % sont asymptomatiques. L’hypercalcémie sévère ou d’installation rapide s’accompagne de signes généraux, de troubles digestifs et de manifestations neuropsychiques souvent déroutantes.

 II. SIGNES CLINIQUES

Ils dépendent du degré de l’hypercalcémie et de la vitesse d’installation de celle-ci.

Les signes sont peu spécifiques et trompeurs : fatigue, anorexie, douleurs abdominales, constipation. Les signes neuro-psychiques sont fréquents (troubles de la mémoire, dépression ou anxiété).

A. Hypercalcémie aiguë

1. Troubles digestifs

Anorexie, nausées et vomissements sont fréquents lorsque la calcémie est > 3 mmol/L.

Rares poussées de pancréatite aiguë, de mécanisme incertain.

2. Troubles neuropsychiques

Asthénie, déficits cognitifs et troubles de l’humeur peu spécifiques.

Confusion, épisodes hallucinatoires ou psychotiques et coma si hypercalcémie sévère.

3. Troubles cardio-vasculaires aigus

Hypertension artérielle.

Diminution de l’espace QT et risques de troubles du rythme.

4. Déshydratation d’origine rénale

Polyuro-polydipsie : résistance rénale à l’action de l’ADH (diabète insipide néphrogénique).

Tendance à la déshydratation extracellulaire : diminution de la réabsorption tubulaire de sodium.

Insuffisance rénale aiguë fonctionnelle ; liée vasoconstriction rénale et contraction volumique par perte d’eau et de sodium, diminution des apports secondaire aux troubles de la conscience et vomissements.

B. Hypercalcémie chronique

Lithiases rénales : surtout secondaires à une hyperparathyroïdie primaire et à une hypercalcémie prolongée.

Insuffisance rénale chronique : hypercalciurie prolongée avec dépôts tubulo—interstitiels de calcium (néphrocalcinose).

Troubles cardio-vasculaires : dépôts calciques dans les artères coronaires, les valves et les fibres myocardiques.

 III. CAUSES

La calcémie est régulée par deux hormones : l’hormone parathyroïdienne (PTH) et la vitamine D, qui contrôlent l’absorption digestive du calcium, la formation osseuse et l’excrétion rénale. Des récepteurs sensibles au calcium sont présents sur les cellules parathyroïdiennes et sur les cellules rénales.

L’hypercalcémie survient lorsque l’entrée de calcium dans la circulation dépasse les sorties (urinaire + dépôts osseux). Les deux sources principales du calcium sanguin sont le tube digestif et l’os ; certaines causes impliquent cependant l’association de ces deux mécanismes (hypervitaminose D, hyperparathyroïdie par exemple).

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Figure 1. Schéma décisionnel devant une hypercalcémie

Devant une hypercalcémie vraie, deux diagnostics principaux sont à évoquer d’emblée (figure 1 et tableau 2)  :

- l’hyperparathyroïdie primaire, qui concerne dans 90 % des cas des patients ambulatoires ;

- les maladies cancéreuses : tumeurs solides ou hémopathies malignes, qui concernent deux fois sur trois des patients hospitalisés. 10 à 20 % des patients cancéreux auront au cours de l’évolution de leur maladie au moins un épisode d’hypercalcémie, surtout en phase terminale.

Le diagnostic de l’hypercalcémie s’appuie sur quelques examens biologiques simples :

- calcium total ;

- calcium ionisé et/ou albuminémie ;

- phosphate sérique ;

- parathormone (PTH) plasmatique ;

- vitamine D (25 OH vitamine D) et calcitriolémie (1,25 OH vitamine D)

- calciurie des 24 h.

Elle repose tout d’abord sur le dosage de la PTH afin de distinguer l’hypercalcémie liée à la PTH ou indépendante de celle-ci. L’hypercalcémie d’origine parathyroïdienne s’accompagne d’un taux élevé ou «  anormalement normal  » de PTH, alors que les hypercalcémies indépendantes de la PTH s’accompagnent d’une PTH basse, par freination de la sécrétion parathyroïdienne de manière adaptée à l’hypercalcémie.

Tableau 2 : Principales causes d’hypercalcémie et présentation biologique

Causes Calcémie totale Calcémie ionisée PTH Phospha-
témie
25 OH
Vit D
1-25 OH Vit D Calciurie
Pseudo hyper
calcémie
N N N N N N
Causes à PTH normale ou élevée (inadapté)
Hyper
parathyroïdie
primaire
N
Hyper
calcémie
familiale*
N ou ↑ N ou ↓ N N
Causes à PTH basse (adapté)
Hyper
calcémie
osseuse
N ou ↑ N N ↑↑
Intoxi
cation
vitamine D
↑­
Hyper
calcitrio
lémie
N ou ↑ N ↑↑
Pseudo
hyper-
parathyroïdie*
↓↓ N ↑­

* Causes très rares d’hypercalcémie

A. L’hyperparathyroïdie primaire

Au cours de l’hyperparathyroïdie primaire, l’augmentation primitive de la sécrétion de PTH a pour conséquences une hypercalcémie, une hypophosphatémie (Pi < 0,84 mmol/L) et une hypercalcitriolémie. Il existe une hypercalciurie, malgré l’effet hypocalciuriant théorique de la PTH sur le tubule, du fait de l’hyperrésorption osseuse, de l’hyperabsorption digestive de calcium secondaire à l’hypercalcitriolémie, et de l’activation du récepteur sensible au calcium tubulaire inhibant la réabsorption.

L’hyperparathyroïdie primaire traduit dans 80 % des cas un adénome simple et dans 15 % des cas, une hyperplasie des quatre glandes. Le carcinome parathyroïdien (forme maligne d’hyperparathyroïdie primaire) est exceptionnel (< 1%) et s’accompagne d’une hypercalcémie sévère (> 3,5 mmol/L) mal tolérée.

Le diagnostic positif est biologique. L’échographie parathyroïdienne et la scintigraphie parathyroïdienne au sesta-MIBI n’ont pas d’intérêt diagnostique mais permettent de localiser l’adénome parmi les 4 glandes, et peut avoir un intérêt pré-opératoire, notamment en cas de chirurgie mini-invasive.

L’adénome parathyroïdien touche essentiellement la femme après 40 ans, et peut se révéler diversement par une lithiase urinaire (dans 20 % des cas), des signes osseux (perte minérale osseuse, ostéite fibrokystique), une chondrocalcinose, des douleurs osseuses, ou rester asymptomatique (80 % des cas). L’hyperparathyroïdie primaire peut être la conséquence d’une prise chronique de lithium (adénome ou hyperplasie). En général, l’hypercalcémie est modérée et il n’y a pas de lithiase.

En cas d’hyperplasie, il faut rechercher une atteinte endocrinienne multiple (Néoplasie endocrinienne multiple ou NEM) :

- NEM de type 1 (Syndrome de Werner, autosomique dominant), par mutation du gène MEN1 (codant pour la ménine) associant hyperparathyroïdie primaire (toujours présente), tumeurs endocriniennes pancréatiques tels l’insulinome ou le gastrinome (Zollinger Ellison) et tumeurs hypophysaires (adénome à prolactine…).

- NEM de type 2a (Syndrome de Sipple, autosomique dominant), par mutation du gène RET, associe hyperparathyroïdie primaire (inconstante), cancer médullaire de la thyroïde et phéochromocytome.

L’hyperparathyroidie tertiaire est une complication de l’insuffisance rénale chronique. Elle survient après une longue période d’hyperparathyroidie secondaire non traitée, par hyperplasie puis autonomisation des glandes parathyroïdiennes. Elle se révèle par une hypercalcémie surtout après transplantation rénale.

L’hyperparathyroidie secondaire ne s’accompagne pas d’hypercalcémie.

L’hypercalcémie familiale bénigne (ou hypercalcémie hypocalciurique familiale) constitue le principal diagnostic différentiel de l’hyperparathyroïdie primaire, car elle associe une hypercalcémie modérée à une PTH normale ou discrètement élevée, et dans tous les cas inadaptée à la valeur de calcémie. Elle est en rapport avec une mutation inhibitrice du récepteur sensible au calcium au niveau parathyroïdien et rénal. Le principal élément discriminant et la calciurie basse (EF < 1 %). Il n’y a pas de risque osseux ou rénal associé à cette anomalie qui ne nécessite aucune prise en charge thérapeutique, chirurgicale en particulier.

B. Les hypercalcémies d’origine osseuse

Ce sont les hypercalcémies dont le mécanisme principal est une hyperrésorption osseuse. La calciurie est élevée et la PTH basse.

1. Hypercalcémie des affections malignes (cancers et hémopathies)

Elles constituent, avec l’hyperparathyroïdie primaire, les causes les plus fréquentes d’hypercalcémie. L’hypercalcémie est souvent moins bien tolérée car d’installation plus rapide. Il existe toujours une participation osseuse à l’hypercalcémie avec hypercalciurie majeure.

De nombreuses tumeurs solides peuvent s’accompagner d’hypercalcémie, en premier lieu les tumeurs métastasées du sein, du poumon, du rein, de la thyroïde et des testicules. Parmi les hémopathies, le myélome multiple occupe la première place devant les leucémies et les lymphomes.

L’hypercalcémie dépend d’une augmentation de la résorption osseuse.

La résorption osseuse relève d’un mécanisme local ou systémique :

- local : relargage au sein des métastases osseuses de cytokines : TNF, IL1 ;

- systémique :

Osteoclast Activating Factor (myélome)

PTHrp (syndrome paranéoplasique du carcinome pulmonaire à petites cellules, du lymphome non hodgkinien, du myélome, entre autres).

La PTHrp est une substance PTH like se liant au récepteur de la PTH avec un effet agoniste. Elle a un effet hyperésorptif osseux et un effet rénal phospha-turiant rendant compte d’un tableau associant hypercalcémie, hypophosphatémie, hypercalciurie. Ce syndrome se différencie de l’-hyperparathyroïdie primaire par la valeur effondrée de PTH native, et une calcitriolémie basse (du fait de l’absence d’activation par la PTHrp de la un-alpha hydroxylase tubulaire rénale).

2. Autres causes d’hypercalcémie d’origine osseuse

Hypervitaminose A : pour des doses supérieures à 50 000 UI par jour, l’acide -rétinoïque cis ou trans qui augmente la résorption osseuse ;

Hyperthyroïdie : elle s’accompagne d’hypercalcémie modérée dans 15 à 20 % des cas par augmentation de la résorption osseuse. L’hypercalcémie est sensible aux -bloquants ;

Immobilisation prolongée complète : L’hypercalcémie est secondaire au découplage entre la résorption osseuse élevée et la formation osseuse effondrée, liée à l’absence de contrainte mécanique.

C. Hypervitaminose D

L’hypercalcémie est avant tout liée à une augmentation de l’absorption digestive de calcium par hypercalcitriolémie. La PTH est basse et la calciurie élevée.

l’hypervitaminose D exogène : l’administration de calcitriol (ROCALTROL®) ou de son précurseur, le calcidiol (DEDROGYL®), (100 fois moins efficace) provoque une hypercalcémie par augmentation de l’absorption intestinale. L’arrêt du calcitriol guérit l’hypercalcémie en deux jours, au besoin en y associant une hydratation large. Avec le calcidiol, la régression de l’hypercalcémie peut prendre plusieurs jours et nécessiter un traitement temporaire par glucocorticoïdes et hydratation ;

Hypercalcitriolémie par production extra-rénale de calcitriol au cours des maladies granulomateuses (les macrophages des granulomes ont une activité 1-hydroxylase)  : sarcoïdose +++, tuberculose, coccidioïdomycose, histoplasmose, maladie de Hodgkin et 1/3 des lymphomes non hodgkiniens.

D. Autres causes

Les diurétiques thiazidiques : ils diminuent la calciurie en favorisant la réabsorption du calcium par le tube contourné proximal, en réponse à l’hypovolémie. Cette propriété est utilisée chez les patients hypercalciuriques et lithiasiques. L’hypercalcémie survient en cas de pathologie sous-jacente (hyperparathyroïdie primaire frustre, intoxication à la vitamine D, sarcoïdose…).

prise excessive de calcium per os  (syndrome des buveurs de lait) : uniquement en cas d’insuffisance rénale limitant l’élimination du calcium en excès par le rein

l’acromégalie : l’hormone de croissance induit une augmentation de la synthèse du calcitriol.

 IV. TRAITEMENT DES HYPERCALCÉMIES

Principe : abaisser la calcémie et début du traitement étiologique si possible (para-thyroï-dectomie, chimiothérapie, corticothérapie…).

Dans tous les cas, les traitements inducteurs ou à risque doivent être arrêtés : Calcium et vitamine D, diurétiques (thiazidiques ++), lithium, digitaliques.

L’hypercalcémie sévère symptomatique est une urgence thérapeutique. Son traitement commence toujours par une réhydratation.

A. Traitement de l’hypercalcémie aiguë sévère symptomatique (> 3 mmol/L)

Perfusion soluté salé isotonique pour corriger la déshydratation extra-cellulaire et diminuer la calcémie (effet pro-calciuriant)

Diurèse forcée par furosémide pour augmenter la calciurie, à condition d’avoir préalablement corrigé l’état d’hydratation et d’être très vigilant sur la compensation des pertes urinaires. Ce traitement est de moins en moins proposé et limité à une prise charge aux soins intensifs et à éviter en cas de myélome.

Inhibition de la résorption osseuse

La plupart des hypercalcémies aiguës sévères ont une participation osseuse (hypercalcémie d’origine maligne, hyperparathyroïdie primaire en particulier) et sont donc sensibles à un traitement antiostéoclastique par biphosphonates. La durée d’action varie de quelques jours à quelques semaines.

- Exemple :

pamidronate 30 mg si calcémie inférieure à 3 mmol/L ;

pamidronate pamidronate 60 mg si calcémie comprise entre 3 et 3,5 mmol/L ;

pamidronate 90 mg si calcémie supérieure à 3,5 mmol/L.

L’administration de calcitonine n’est pratiquement plus utilisée pour traiter les hypercalcémies car l’effet est très transitoire.

Diminution de l’absorption digestive de calcium par glucocorticoïdes (Prednisone 10 à 20 mg par jour). Ce traitement est préférentiellement adapté aux hypercalcémies des myélomes et des hémopathies, et des hypercalcémies granulomateuses (sarcoïdose en particulier).

Dialyse dans les formes graves, surtout en cas d’insuffisance rénale, avec bain de dialyse pauvre en calcium. Le principal intérêt est un effet rapide.

L’hypercalcémie subaiguë sévère associé au carcinome parathyroïdien relève d’un traitement spécifique par calcimimétique (Cinacalcet)

B. Traitement étiologique

Le traitement de la cause doit être privilégie (arrêt d’une intoxication vitaminique, traitement d’un cancer, d’une affection endocrinienne, remobilisation…)

1. Hyperparathyroïdie primaire

Le traitement chirurgical (adénomectomie parathyroïdienne) est recommandé dans les situations suivantes

- Âge < 50 ans

- Hypercalcémie > 2,75mmol/L

- Calciurie > 10 mmol/24 h

- Insuffisance rénale (DFG < 60 ml/min/1,73m2) attribuable à l’hyperparathyroïdie primaire

- Atteinte osseuse (perte minérale osseuse ou ostéite fibrokystique)

Pour les patients inopérables, un traitement médical par biphosphonates et/ou cinacalcet (agoniste du récepteur sensible au calcium ou calcimimétique) peuvent être proposés. Le cinacalcet est efficace sur la calcémie, les bisphosphonates sur l’atteinte osseuse. La carence en vitamine D peut être corrigée sous couvert d’une surveillance de la calcémie et de la calciurie.

Pour les patients asymptomatiques, une simple surveillance peut être proposée. Des études ont montré la faible évolutivité de l’hyperparathyroïdie primaire asymptomatique chez les patients surveillés.

Dans les formes hyperplasiques (sporadique, hyperparathyroïdies tertiaires, NEM…), une parathyroïdectomie subtotale (7/8e) est nécessaire.

2. Sarcoïdose

Lorsque l’hypercalcémie est le seul symptôme de la maladie, une corticothérapie est proposé suivant le schéma suivant :

- 0,3 à 0,5 mg/Kg/j pendant 1 mois, puis diminution de 5 mg/j chaque semaine jusqu’à 5 mg/j, maintenu en plateau pendant 12 mois. L’hypercalcémie disparaît en 3 à 5 jours, l’hypercalciurie en 7 à 10 jours.

- En cas de récidive à l’arrêt (30 % des cas), le traitement est repris suivant un schéma identique.

3. Hyperparathyroïdie tertiaire (contexte d’insuffisance rénale chronique)

parathyroïdectomie subtotale, calcimimétiques

 Hypocalcémie (Item n°265)

 I. INTRODUCTION - DEFINITION

L’hypocalcémie est une anomalie métabolique peu fréquente

Il faut distinguer l’hypocalcémie vraie, avec diminution du calcium ionisé (fraction régulée), des fausses hypocalcémies par diminution de la fraction liée aux protéines. En effet, 40 à 45 % du calcium sérique est lié aux protéines, principalement à l’albumine. Une hypoalbuminémie (par exemple au cours du syndrome néphrotique, la dénutrition ou l’insuffisance hépatocellulaire), conduit à une diminution du calcium total, mais sans diminution du calcium ionisé.

Le bilan d’une hypocalcémie doit donc comporter un dosage du calcium ionisé et un dosage d’albuminémie.

L’hypocalcémie totale est définie par une concentration plasmatique inférieure à 2,20 mmol/L, une hypocalcémie ionisée par une concentration inférieure à 1,15 mmol/L. En cas d’hypoalbuminémie, on peut calculer la calcémie corrigée, qui est la valeur de calcémie qu’aurait le patient s’il n’avait pas d’hypoalbuminémie, permettant in fine de distinguer une hypocalcémie vraie d’une pseudo hypocalcémie

Ca corrigé = (40 – Alb) x 0,025 + Ca total

L’expression clinique des hypocalcémies est très variable. Elle dépend du niveau de l’hypocalcémie et de sa vitesse d’installation. L’hypocalcémie sévère ou d’installation rapide s’accompagne de signes neuro-musculaires.

La calcémie est régulée par deux facteurs circulants : l’hormone parathyroïdienne (PTH) et la vitamine D active (calcitriol). Le calcitriol augmente l’absorption digestive de calcium. La PTH augmente la réabsorption tubulaire de calcium et inhibe celle du phosphate, augmente la résorption osseuse et stimule la synthèse de calcitriol.

La calcémie régule la synthèse de PTH, par l’intermédiaire du récepteur sensible au calcium présent sur les cellules parathyroïdiennes. Ce récepteur est également présent sur les cellules tubulaires rénales et module la calciurie en fonction de la calcémie.

 II. SYMPTOMES

Ils sont corrélés avec la profondeur de l’hypocalcémie et sa rapidité d’installation :

- Les manifestations neuromusculaires spontanées sont au premier plan :

paresthésies distales

crampes musculaires

spasmes laryngés

tétanies voire convulsions.

- Les manifestations cardiaques : élargissement de l’intervalle QT (figure 1) pouvant se compliquer d’un bloc auriculo-ventriculaire voire d’une fibrillation ventriculaire ;

- Les troubles des fonctions supérieures.

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Figure 1 : Élargissement de l’espace QT
(500 mS/fréquence cardiaque à 64/min)

Deux signes provoqués assez spécifiques de l’hypocalcémie peuvent être recherchés :

- le signe de Chvostek est une contraction faciale déclenchée par la percussion du nerf facial en-dessous de l’os zygomatique ;

- le signe de Trousseau est le déclenchement d’une flexion du poignet et des articulations métacarpo-phalangiennes, les doigts en hyperextension et flexion du pouce (main d’accoucheur ; figure 2) par l’occlusion de l’artère brachiale (à l’aide d’un brassard maintenu au-dessus de la pression systolique pendant 3 minutes).

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Figure 2 : signe de Trousseau

 III. CAUSES

L’hypocalcémie survient lorsque la perte nette de calcium depuis le compartiment extracellulaire excède l’apport de calcium en provenance de l’intestin ou de l’os.

L’hypocalcémie résulte donc :

- soit d’une augmentation des pertes de calcium (dépôts dans les tissus, transfert osseux, pertes urinaires, chélation intra vasculaire),

- soit d’une diminution des entrées de calcium dans la circulation (malabsorption intestinale, diminution de la résorption osseuse).

En raison de la très grande quantité de calcium stockée dans l’os, qui peut être mobilisée pour maintenir la calcémie normale (au prix d’une perte minérale osseuse), une hypocalcémie chronique ne peut survenir que s’il existe une anomalie de la production ou de l’action cellulaire soit de PTH, soit de vitamine D.

La prise en charge diagnostique de l’hypocalcémie s’appuie sur quelques examens biologiques simples (voir tableau) :

- calcium total ;

- calcium ionisé et/ou albuminémie ;

- phosphate sérique ;

- parathormone (PTH) plasmatique ;

- vitamine D (25 OH vitamine D) et calcitriolémie (1,25 OH vitamine D) ;

- calciurie des 24 h.

Une fois le diagnostic de pseudo-hypocalcémie écarté, le premier élément de la démarche diagnostique consiste à distinguer l’hypocalcémie liée à la PTH (hypocalcémie parathyroïdienne) de celle indépendante de la PTH (extra parathyroïdienne). L’hypocalcémie d’origine parathyroïdienne s’accompagne d’un taux bas ou «  anormalement normal  » de PTH, alors que les hypocalcémies indépendantes de la PTH s’accompagnent d’une stimulation de la sécrétion parathyroïdienne (réponse adaptée à l’hypocalcémie).

Tableau 1 : Principales causes d’hypocalcémie chronique et présentation biologique

Causes Calcémie totale Calcémie ionisée PTH Phospha- témie 25 OH Vit D 1-25 OH Vit D Calciurie
Pseudo-
hypo
calcémie
N N N N N N
Causes à PTH normale ou basse (inadapté)
Hypo
para
thyroïdie
↓­­ N ou ↓ ↑↑ N N ou↓
Hypo
calcémie
familiale *
N ou ↓ N ou ↓ N N ↑↑
Causes à PTH élevée (adapté)
Carence
en
vitamine D
IR Chronique
avancée
N ou ↑ N
Pseudo
hypo-
parathyroïdie *
↑↑ N N ou ↓

* Causes très rares d’hypocalcémie

A. Hypoparathyroïdie

La diminution primitive de la PTH a pour conséquences une hypocalcémie et une hyperphosphatémie (Pi > 1,4 mm). La calciurie dépend de la charge filtrée de calcium (qui baisse avec la calcémie) et de la réabsorption tubulaire de calcium (qui est stimulée par la PTH et inhibée via le récepteur du calcium tubulaire). Au cours de l’hypoparathyroïdie, l’effet net est une calciurie basse, mais qui augmente de façon très importante dès lors que le patient reçoit un traitement vitamino-calcique.

Causes d’hypoparathyroïdie

Acquise

- post-chirurgicale (la plus fréquente) : suites d’une chirurgie parathyroïdienne, thyroïdienne ou cervicale radicale pour des cancers ORL ;

- hypomagnésémie profonde (< 0,5 mmol/L) freine de la synthèse de PTH ;

- infiltration du tissu parathyroïdien (rare) : amylose, granulome, cancer métastatique.

Génétiques (rares)

- mutation du gène de la PTH ;

- mutation facteurs de transcription du gène de la PTH.

Le diagnostic différentiel est l’hypocalcémie hypercalciurique familiale, secondaire à une mutation activatrice du récepteur sensible au calcium. La calciurie élevée permet de la distinguer des autres formes d’hypocalcémie à PTH basse. (tableau 1).

B. Carence en vitamine D

La vitamine D est une vitamine liposoluble dérivée du cholestérol, provenant soit de l’alimentation, soit de la peau après exposition aux UV. La vitamine D native est inactive. Elle doit subir une double hydroxylation, tout d’abord hépatique (25 OH vitamine D ou calcidiol), puis rénale (1,25 OH vitamine D ou calcitriol). La forme active de vitamine D est le calcitriol. Le calcidiol et le calcitriol peuvent être inactivés par hydroxylation en position 24 dans les cellules cibles. La vitamine D est transportée dans le sang par la RBP (retinol binding protein).

En cas de déficit en vitamine D native ou active, la calcémie est maintenue normale grâce à une stimulation de la synthèse de PTH (hyperparathyroïdie secondaire). Si les apports calciques sont insuffisants, l’hypocalcémie peut apparaître.

1. Les principales causes de déficit en vitamine D native sont :

— un apport alimentaire insuffisant (enfant)

— une malabsorption des graisses (au cours de l’insuffisance pancréatique exocrine en particulier)

— une exposition insuffisante aux UV.

2. Certains médicaments peuvent interagir avec le métabolisme de la vitamine D :

une diminution de la 25-hydroxylation hépatique de la vitamine D (par certaines antiprotéases par exemple)

une augmentation de l’inactivation par 24-hydroxylation hépatique (certains anticonvulsivants, corticoïdes).

- Le défaut de 1α-hydroxylation rénale du calcidiol en calcitriol est le principal facteur responsable de l’hypocalcémie observée au cours des réductions de masse rénale et donc de toute insuffisance rénale. (Cf. infra)
L’ensemble de ces situations d’hypocalcémie liée à une hypovitaminose D sont classiquement associées à une hypophosphatémie, à l’exception de l’insuffisance rénale chronique avancée. La carence chronique en vitamine D se complique d’ostéomalacie.

Insuffisance rénale chronique.

Au cours de la maladie Rénale Chronique, la diminution du DFG peut s’accompagner de troubles phospho-calciques, incluant une hypocalcémie. Dans les faits, la calcémie reste le plus souvent normale jusqu’à un stade préterminal en raison de l’hyperparathyroïdie secondaire.

- Le défaut de 1α-hydroxylation rénale du calcidiol en calcitriol en est le principal facteur, en rapport avec :

la diminution de la masse néphronique
l’hyperphosphatémie
un hyper FGF23

Pseudohypoparathyroïdie

C’est une cause très rare d’hypocalcémie, révélée dans l’enfance le plus souvent pour les formes génétiques. L’action de la parathormone sur l’os et le rein est médiée par l’AMPcyclique (AMPc) qui est généré en réponse à la liaison de la parathormone sur son récepteur, via l’activation d’une protéine G stimulatrice (GSA1). Cette voie de signalisation est dépendante du magnésium. La pseudohypoparathyroïdie est une résistance périphérique à l’action de la PTH. Le tableau biologique est celui de l’hypoparathyroïdie (hypocalcémie, hyperphosphatémie, hypocalcitriolémie) mais avec une PTH très élevée (tableau 1).

3. Causes principales de pseudo hypoparathyroïdie

Génétique : mutation du gène codant pour la protéine stimulatrice GSa1 du complexe adénylate-cyclase en aval du récepteur de la PTH (GNAS 1 ; ostéodystrophie héréditaire d’Albright).

Fonctionnelle : lié à l’hypomagnésémie.

Causes d’hypocalcémie aiguë

L’hypocalcémie aiguë est le plus souvent la conséquence d’une mobilisation du calcium circulant, soit par précipitation, soit par transfert.

Précipitation du calcium
- Intra-vasculaire :
chélation par du phosphate intracellulaire libéré au cours lors de la rhabdomyolyse ou d’une lyse tumorale
chélation d’origine iatrogène (citrate au cours de transfusion massive de sang ou plasma citraté, surtout en cas d’insuffisance hépatique par diminution du catabolisme du citrate), foscarnet, phosphate…

- Tissulaire dans les tissus nécrosés (pancréatite aiguë, rhabdomyolyse)

Transfert du calcium
- Syndrome dit de «  l’os affamé  » (hungry-bone disease) qui survient après parathyroïdectomie pour hyperparathyroïdie primitive ou tertiaire et beaucoup plus rarement après thyroïdectomie chez des patients hyperthyroïdiens, ou lors de la reprise d’une activité physique après une immobilisation prolongée.
- Alcalose respiratoire aiguë qui augmente la liaison du calcium à l’albumine, réduit la concentration de calcium ionisé, sans modifier la calcémie totale

Ceci explique les troubles neuromusculaires apparaissant au cours de la spasmophilie, l’hyperventilation entrainant une alcalose ventilatoire à l’origine d’une hypocalcémie ionisée aiguë.

Toutes ces causes d’hypocalcémie aiguë s’accompagnent d’une PTH élevée, adaptée à l’hypocalcémie (hyperparathyroïdie secondaire) à l’exception de l’hypocalcémie post-parathyroïdectomie, où l’hypocalcémie transitoire est souvent de mécanisme mixte, par transfert intra osseux de calcium (syndrome de l’os affamé) mais également par sidération des parathyroïdes restantes (hypoparathyroïdie transitoire).

 IV. TRAITEMENT

Lorsque la cause est accessible à un traitement, la prise en charge est d’abord étiologique. Le traitement symptomatique s’adresser à :

Apport de calcium per os (carbonate de calcium) : 500 mg à 1,5 g/jour en dehors des repas (administré au cours d’un repas, il se lie aux phosphates alimentaires et à l’oxalate pour former des sels insolubles et inabsorbables dans l’intestin)

Apport de calcium parentéral (gluconate de calcium et chlorure de calcium) : en cas d’hypocalcémie symptomatique

Correction d’une hypomagnésémie le cas échéant

Correction d’une carence en vitamine D : apports en vitamine D, sous forme de vitamine D2 (ergocalciférol Stérogyl®) ou de vitamine D3 (cholécalciférol, Uvedose®)

Apport de vitamine D hydroxylé en position 1 en cas d’insuffisance rénale chronique : 1-α OH-vitamine D (Un-Alfa®) ou 1,25-(OH)2– vitamine D (Rocaltrol®). Ce traitement n’est pas approprié en car d’hyperphosphatémie.

Considérations thérapeutiques particulières

Au cours de l’hypoparathyroïdie, le traitement repose sur l’administration combinée de calcium et de vitamine D active (Un Alfa ou Rocaltrol). L’objectif de ce traitement est d’atteindre la valeur de calcémie minimale pour laquelle le patient est asymptomatique, mais non d’obtenir une normocalcémie, qui ne pourrait se faire qu’au prix d’une hypercalciurie massive exposant au risque de lithiase urinaire et de néphrocalcinose.

Au cours de la rhabdomyolyse, la correction de l’hypocalcémie doit être prudente, car il existe au cours de la récupération des lésions tissulaires un risque d’hypercalcémie rebond (par mobilisation des dépôts calciques musculaires).

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