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nephrologie manuel n°7
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Chapitre complet Infections urinaires de l’adulte et de l’enfant
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Infections urinaires de l’adulte et de l’enfant pdf

Item 157

UE 6. Maladies transmissibles - Risques sanitaires - Santé au travail

N° 157. Infections urinaires de l’enfant et de l’adulte.


OBJECTIFS

  • Interpréter les résultats des bandelettes urinaires et des examens cytobactériologiques des urines
  • Diagnostiquer et traiter une cystite aiguë 

  • Connaître la conduite à tenir face à une cystite récidivante 

  • Diagnostiquer et traiter une pyélonéphrite aiguë, identifier les situations nécessitant une hospitalisation 

  • Diagnostiquer et traiter une prostatite aiguë, identifier les situations nécessitant une hospitalisation
  • Expliquer la place de l’antibiothérapie chez un patient porteur d’une sonde urinaire

Ce chapitre s’appuie sur les recommandations 2015 de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) :

«  diagnostic et antibiothérapie des infections urinaires bactériennes communautaires de l’adulte  »

« prise en charge des infections urinaires de l’enfant  » (recommandations conjointes avec le Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique de la Société Française de Pédiatrie)

«  recommandations de bonnes pratiques : infections urinaires au cours de la grossesse  »

« recommandations de bonne pratique pour la prise en charge et la prévention des infections urinaires associées aux soins de l’adulte  ».

 I. OUTILS PERMETTANT LA DÉTECTION D’UNE BACTÉRIE DANS L’URINE


A. La bandelette urinaire (BU)

1. Principe et seuils de détection

Il s’agit d’une languette comportant plusieurs carrés de papier buvard imprégnés de réactifs changeant de couleur en fonction de la présence de certains composants dans l’urine. La bandelette doit être trempée dans l’urine fraîchement émise, dans un récipient propre mais pas nécessairement stérile.

Les bandelettes réactives détectent :

- la leucocyte estérase produite par les polynucléaires neutrophiles présents dans l’urine. Le seuil de sensibilité est de 104 leucocytes/ml

- les nitrites qui témoignent de la présence de bactéries, essentiellement les entérobactéries, qui expriment une nitrate réductase capable de transformer les nitrates en nitrites. Le seuil de détection des nitrites est assez élevé, correspondant très approximativement à 105 unités formant colonie (UFC) ml (plus bas sur certaines BU). Ceci explique donc que les nitrites puissent être absents en cas de faible bactériurie.

2. Interprétation de la BU

Une bandelette est dite «  négative  » si elle ne montre ni leucocytes, ni nitrites. Chez la femme, en l’absence d’immunodépression grave, une BU négative a une très bonne valeur prédictive négative. Chez l’homme une BU négative n’élimine pas le diagnostic.

La bandelette est positive si elle détecte des nitrites et/ou des leucocytes. Chez la femme, une BU positive suffit au diagnostic de cystite aiguë simple. Chez l’homme, une BU positive conforte le diagnostic d’infection urinaire mais doit être confirmée par un ECBU.

Les causes de faux négatifs sont résumées dans le tableau 1.

Tableau 1 : causes de faux-négatifs de la bandelette urinaire

Absence de nitrites Absence de leucocytes
•Bactéries n’exprimant pas de nitrate réductase :
Staphylococcus saprophyticus
— Streptocoques et entérocoques
Acinetobacter
•Immunodépression, neutropénie
F•aible bactériurie •Infections urinaires masculines
•pH urinaire acide
•Diurétiques et urines diluées
•Infections urinaires masculines

B. L’examen cytobactériologique des urines (l’ECBU)

1. Technique de recueil

L’ECBU a pour objectif de recueillir l’urine vésicale, normalement stérile, en limitant sa contamination lors de la miction par la flore commensale qui colonise l’urètre et la région périnéale.

L’ECBU est indiqué devant toute suspicion d’infection urinaire, sauf en cas de cystite aiguë simple chez la femme.

Les conditions de recueil de l’urine doivent être optimales pour que le résultat de l’ECBU soit fiable :

- nettoyage du méat urinaire avec un antiseptique ;

- élimination de la première partie de la miction et récolte du milieu de la miction ;

- acheminement rapide de l’échantillon au laboratoire ou conservation à 4 °C jusqu’à son acheminement.

Lorsque le patient ne peut coopérer, l’urine peut être récoltée par sondage «  aller-retour  » chez la femme ou par mise en place d’un collecteur pénien chez l’homme. Lorsqu’une sonde vésicale est en place, celle-ci doit être clampée une dizaine de minutes et l’urine est récupérée par ponction de l’opercule de la sonde après l’avoir désinfecté.

2. Interprétation de l’ECBU

L’ECBU comprend :

- le compte cytologique : nombre des leucocytes (et d’hématies) par ml ou mm3

La leucocyturie est considérée comme significative lorsqu’elle est ≥ 104/ml (ou 10/mm3).

- l’analyse bactériologique :

Comporte dans un premier temps un examen microscopique direct urinaire après coloration de Gram. Le seuil de détection des bactéries par l’examen direct est élevé : de l’ordre de 105 UFC/ml. Un examen direct négatif n’élimine donc pas une IU.

Puis l’urine est mise en culture. L’analyse inclut l’identification et le compte des bactéries présentes dans l’urine exprimé en UFC/ml.

L’identification bactérienne est systématiquement couplée à un antibiogramme lorsqu’une bactérie dominante a été identifiée (les flores polymicrobiennes reflètent en général une contamination de l’ECBU) et que cette bactérie est potentiellement uropathogène (les bactéries commensales de la peau ou de la flore vaginale de type bacille à Gram positif de Döderlein ne font en général pas l’objet d’un antibiogramme).

Chez un patient avec leucocyturie significative, les seuils de bactériurie significative dépendent du sexe, de l’espèce bactérienne et de la situation clinique (tableau 2). Il n’y a plus de distinction de seuil entre cystite, prostatite et pyélonéphrite aiguë.

Tableau 2 : seuils de bactériurie significative selon le contexte clinique.

Situation clinique Seuil
Recueil urinaire directement dans la vessie ou le bassinet* 102 UFC/ml
Miction spontanée chez l’homme quelle que soit la bactérie 103 UFC/ml
Miction spontanée chez la femme, isolement d’E. coli ou de S. Saprophyticus
Miction spontanée chez la femme, autres bactéries 104 UFC/ml
Bactériurie asymptomatique chez la femme enceinte 105 UFC/ml
Recueil urinaire sur sonde vésicale

* recueil urinaire par sondage aller-retour, ponction sus-pubienne, ou ponction pyélique. Dans ces cas, toute bactériurie doit être considérée comme significative. Le seuil de détection des laboratoires de microbiologie est habituellement de 102-103 UFC/ml.

Les causes de leucocyturie sans identification de bactérie sont résumées dans le tableau 3.

Tableau 3 : Leucocyturie sans bactérie détectée par l’ECBU

Causes infectieuses Causes non-infectieuses
Bactéries non détectées par les techniques de culture habituelles* :
Mycobacteries du complexe tuberculosis, Chlamydia trachomatis, Mycoplasma hominis
Contamination urinaire
par des leucocytes vaginaux
Infections décapitées par une antibiothérapie Néphropathies interstitielles chroniques
Tumeurs urothéliales
Cystites non infectieuses : calculs, cystite radique, cystite interstitielle
Néo-vessies iléales ou coliques

* les mycobactéries nécessitent un milieu de composition spéciale pour être cultivées. Les Chlamidia et les mycoplasmes sont des bactéries intracellulaires qui ne poussent donc pas dans les milieux acellulaires.

 II. ÉPIDEMIOLOGIE ET PHYSIOPATHOLOGIE

Les infections des voies urinaires sont une pathologie très fréquente, notamment chez la femme, puisque l’on estime que près de 50 % des femmes présenteront au moins une infection urinaire dans leur vie.

Les facteurs favorisant les cystites et les pyélonéphrites sont identiques. L’épidémiologie des infections urinaires est résumée dans le tableau 4.

Tableau 4 : Épidémiologie

Sexe féminin •Tout âge, mais en particulier  :
— en période d’activité sexuelle
— pendant les grossesses
— à partir de la ménopause
Sexe masculin •Âge < 10 ans ou > 50 ans
Facteurs favorisants •Diabète
•Mictions rares, retenues, incomplètes, boissons insuffisantes
•Anomalie de l’arbre urinaire anatomique ou fonctionnelle, congénitale ou acquise
•Transplantation rénale

A. Les agents pathogènes

De nombreux micro-organismes peuvent être responsables d’infections urinaires, mais les bacilles à Gram négatif – avec en premier lieu Escherichia coli sont de loin les plus courants.

Le réservoir bactérien des infections urinaires est le plus souvent le tube digestif. Le tableau 5 énumère les agents infectieux le plus souvent responsables d’infections urinaires.

Tableau 5 : Agents pathogènes

Micro-organisme Épidémiologie Particularités
Escherichia coli* 50 à 90 % de toutes les infections urinaires •40 % de résistance aux amino-pénicillines
•20 % de résistance au cotrimoxazole
•5-25 % de résistance aux fluoroquinolones
•Pandémie mondiale d’E. coli produisant une -lactamase à spectre étendu (BLSE)
Proteus mirabilis* 10 % des cas communautaires •Bactéries à uréase, favorise les lithiases
Staphylococcus saprophyticus 3 à 7 % en ville •Femme jeune après rapport sexuel
Entérocoques •Résistance naturelle
aux C3G et aux quinolones
Klebsielles*, Pseudomonas aeruginosa, Serratia marcescens* Infections hospitalières •Bactéries souvent résistantes
Sonde à demeure, sujets diabétiques ou immunodéprimés
Staphylocoque doré Infections hospitalières •Septicémie
Tuberculose Populations migrantes •Leucocyturie sans bactériurie
Candida albicans,
Candida tropicalis
Infections hospitalières •Sonde à demeure
•Sujets diabétiques
•Après antibiothérapie à large spectre

* entérobactéries

B. Dissémination bactérienne dans l’arbre urinaire

La voie ascendante est la plus fréquente (97 % des cas). L’infection se fait donc le plus souvent par l’urètre. La prolifération des bactéries dans la vessie est favorisée par :

- la stase urinaire : mictions peu fréquentes ou incomplètes (résidu post-mictionnel), boissons insuffisantes,

- un corps étranger : calcul ou sonde vésicale,

- la présence de glucose dans l’urine,

- la présence de facteurs de virulence spécifiques des bactéries uropathogènes.

La voie hématogène (localisation rénale d’une septicémie) est donc très rare (au maximum 3 % des cas). Les principaux micro-organismes impliqués sont :

- staphylocoques blancs et dorés,

- salmonelles,

- Pseudomonas,

- Candida Albicans.

 III. NOMENCLATURE

A. Infection à risque de complication

Une infection urinaire est dite à risque de complications si elle comporte au moins un des facteurs de risque pouvant rendre l’infection plus grave ou le traitement plus compliqué (tableau 6).

Tableau 6 : Facteurs de risque de complications des infections urinaires.

Facteur de risque Complément d’information
Anomalie anatomique ou fonctionnelle de l’arbre urinaire Reflux vésico-urétéral, syndrome de la jonction urétéro-pyélique, polykystose rénale, résidu post-mictionnel, antécédent de chirurgie urologique, tumeur, lithiase ou corps étranger dans les voies urinaires
Sexe masculin
Sujet âgé de plus de 75 ans
Sujet de plus de 65 ans avec au moins 3 critères de fragilité (Fried) ci-contre •Amaigrissement récent involontaire
•Marche lente
•Faible endurance
•Faiblesse, asthénie
•Activité physique réduite
Immunodépression
(critères HAS ci-contre)
•Transplanté d’organe solide
•Greffé de cellules souches hématopoïétiques
•Traitement par immunosuppresseur ou par biothérapie
•Traitement par chimiothérapie anti-cancéreuse
dans les 6 mois précédents
•Déficit immunitaire héréditaire
•VIH avec un nombre de CD4 < 200 /mm3
Insuffisance rénale chronique sévère Débit de filtration glomérulaire < 30 ml/min/1,73m²
Femme enceinte

N.B. : le diabète a été retiré des facteurs de risque de complication dans ces dernières recommandations de la SPILF. En effet, bien que tous les types d’IU semblent plus fréquents chez les patients diabétiques, la littérature est discordante quant à l’impact du diabète sur la gravité des IU. La plupart des recommandations internationales gardent cependant fréquemment le diabète comme facteur de risque de complication ou de gravité.

B. Définition selon la gravité

Les critères de gravité des infections urinaires ne sont pas spécifiques. Ils sont identiques à ceux de toutes les infections.

Les cystites ne sont jamais graves.

1. Sepsis sévère

Une infection est responsable d’un sepsis sévère si elle est accompagnée de signes d’hypoperfusion et/ou de dysfonction d’organe (conséquence de cette hypoperfusion). Ces signes sont résumés dans le tableau 7.

Tableau 7 : critères du sepsis sévère.

Au moins un critère parmi :

Signes d’hypoperfusion Défaillance d’organe
PAs < 90 ou PAd < 40 ou PAm < 65 mmHg Poumon : PaO2 < 60 mmHg ou SaO2 < 90 %
en air ambiant
Baisse de 40 mmHg par rapport aux valeurs
de base
Reins : oligurie < 0,5 ml/kg/h pendant 3 h
ou augmentation de 50 % de la créatininémie
Lactates > 2 mmol/L Sang : thrombopénie < 100 000/mm3 ou TP < 50 %
Foie : encéphalopathie hépatique
ou bilirubinémie > 34 µmol/L

2. Choc septique

Le choc septique est défini par la présence de signes d’hypoperfusion persistant malgré un remplissage vasculaire initial (500cc de cristalloïde tous les ¼ d’heure pendant une heure).

3. Nécessité d’un drainage

Une infection urinaire est aussi qualifiée de grave dans toute situation clinique où un drainage (chirurgical ou par radiologie interventionnelle) est nécessaire : rétention purulente sur lithiase, abcès, pyélonéphrite emphysémateuse…

 IV. PRESENTATIONS CLINIQUES CHEZ LA FEMME

Il existe peu de différences sur les antibiotiques utilisables dans chaque situation clinique. C’est seulement l’ordre de préférence des antibiothérapies qui dépend du caractère simple, à risque de complication ou grave de l’IU.

A. Colonisation urinaire chez la femme

Une colonisation urinaire est l’isolement d’une bactérie dans l’urine, quelle que soit sa quantité (sauf chez la femme enceinte où le seuil de significativité est fixé à -105 -UFC/ml sur deux ECBU consécutifs ; voir paragraphe dédié), qu’il y ait une leucocyturie associée ou non, et en l’absence de tout signe fonctionnel urinaire, de fièvre et de syndrome inflammatoire biologique.

Seule la qualité du recueil urinaire permet donc de distinguer une colonisation urinaire d’une contamination extra-urinaire de l’ECBU. Si l’on pense que le recueil urinaire a pu être contaminé, il semble raisonnable de refaire le prélèvement avant de considérer qu’il s’agit d’une colonisation.

Il n’y a lieu de traiter une colonisation urinaire qu’avant un geste invasif sur les voies urinaires et chez la femme enceinte (voir paragraphe dédié).

B. Cystite aiguë (par définition chez la femme)

1. Cystite aiguë simple

Le diagnostic est clinique et repose sur l’association :

- d’une BU montrant la présence de nitrites et/ou de leucocytes ;

- avec un ou plusieurs signes fonctionnels urinaires parmi :

brûlures mictionnelles, gène ou douleur sus-pubienne,

pollakiurie, impériosités («  urgenturie  »),

urines troubles, parfois hématurie,

- sans fièvre, ni douleur lombaire, ni syndrome inflammatoire.

Aucun examen complémentaire ne doit alors être réalisé. Si la BU est négative, un autre diagnostic doit être envisagé.

Le traitement antibiotique est prescrit pour améliorer les symptômes :

- mais un tiers des cystites aiguës simples peuvent guérir spontanément,

- et l’évolution naturelle d’une cystite aiguë simple vers une pyélonéphrite aiguë est très rare, même en l’absence de traitement.

Les antibiotiques recommandés sont par ordre décroissant de préférence :

- fosfomycine-trométamol en dose unique,

- pivmécillinam, 5 jours (prodrogue d’un antibiotique apparenté aux β-lactamines, actif principalement sur les bacilles à Gram négatif),

- fluoroquinolones en prise unique,

- nitrofurantoïne, 5 jours (contre-indiqué si Cockcroft < 40 ml/min et en utilisation au long cours en prévention des infections urinaires récidivantes).

- L’amoxicilline, l’association amoxicilline-acide clavulanique et le cotrimoxazole ne sont pas indiqués du fait du risque élevé de résistance. Les céphalosporines de 3e génération (C3G) orales ne sont pas recommandées du fait de leur impact important sur le microbiote intestinal.

Aucun suivi clinique ni paraclinique n’est nécessaire en cas d’évolution favorable. En cas de persistance des symptômes 3 jours après le début du traitement, un ECBU doit être réalisé. Si cet ECBU est positif à E. coli producteur de BLSE, il est possible d’utiliser selon les données de l’antibiogramme :

- amoxicilline-acide clavulanique pendant 5 à 7 jours,

- triméthoprime (TMP) pendant 3 jours,

- triméthoprime-sulfaméthoxazole (TMP-SMX) pendant 3 jours.

2. La cystite aiguë à risque de complication

Une BU est recommandée, mais un ECBU doit être systématiquement réalisé afin d’obtenir un antibiogramme. Chez les sujets âgés, la cystite peut être révélée par un épisode d’incontinence urinaire aiguë inexpliquée, des chutes, des troubles de l’appétit, une augmentation de la dépendance, un syndrome confusionnel ou d’agitation.

En cas de cystite peu symptomatique, il est recommandé de différer le traitement jusqu’à l’obtention de l’antibiogramme. En fonction des résultats, les molécules à privilégier sont :

- amoxicilline 7 jours,

- pivmécillinam 7 jours,

- nitrofurantoïne 7 jours,

- triméthoprime 5 jours,

- puis par ordre alphabétique : amoxicilline-acide clavulanique ou céfixime pendant 7 jours, ou fluoroquinolone (ciprofloxacine ou ofloxacine), ou TMP-SMX pendant 5 jours et fosfomycine-trométamol sur avis d’expert.

Lorsque la clinique nécessite un traitement immédiat, le traitement probabiliste reposera sur les molécules suivantes par ordre décroissant de préférence :

- nitrofurantoïne 7 jours,

- céfixime 7 jours,

- ou fluoroquinolone 5 jours.

Aucun suivi clinique ni paraclinique n’est nécessaire en cas d’évolution favorable. En cas de persistance des symptômes 3 jours après le début du traitement, un ECBU devra être réalisé.

3. Cystites aiguës récidivantes

Des cystites aiguës sont qualifiées de récidivantes lorsque 4 épisodes ou plus surviennent en moins de 12 mois.

En cas de cystites aiguës à risque de complications récidivantes, une prise en charge multidisciplinaire est recommandée avec, selon la situation clinique, l’intervention de néphrologue, d’urologue, de gynécologue, d’infectiologue et de radiologue.

En cas de cystites aiguës simples récidivantes, un ECBU est recommandé à partir du 4e épisode en moins de 12 mois pour exclure une cystite chronique résistante aux antibiotiques et faire la preuve d’infections itératives à germes différents. Les autres examens complémentaires sont à discuter de façon pluridisciplinaire (débitmétrie, recherche de résidu post-mictionnel, examen gynécologique, uroscanner, cystoscopie, cystographie).

Chaque épisode est traité comme une cystite aiguë simple, éventuellement en auto-traitement, après avoir réalisé une bandelette urinaire, et après avoir réalisé quelques ECBU de façon à connaître les antibiotiques efficaces sur toutes les bactéries isolées.

Les mesures préventives non médicamenteuses sont résumées dans le tableau 8.

Enfin, si les cystites sont très fréquentes (au moins une fois par mois), on peut discuter une antibioprophylaxie continue à base de fosfomycine trométamol (une prise par semaine) ou de cotrimoxazole (une prise quotidienne). La durée est de 6 mois puis une interruption doit être essayée.

Lorsque les cystites sont liées aux rapports sexuels (cystites post-coïtales), on peut proposer une antibiothérapie systématique par fosfomycine-trométamol ou cotrimoxazole dans les 2 h précédant ou suivant le rapport sexuel, sans dépasser la posologie de l’antibioprophylaxie continue.

Tableau 8 : règles hygiéno-diététiques visant à réduire l’incidence des cystites aiguës récidivantes.

— Essuyage d’avant en arrière après défécation
— Diurèse abondante
— Mictions fréquentes et non retenues en cas d’envie
— Régularisation du transit intestinal
— Une toilette intime par jour au maximum avec un savon doux, pH neutre
— Port de sous-vêtements en coton
— Miction après chaque rapport sexuel en cas de cystites post-coïtales
— Arrêt des spermicides éventuels
— Canneberge (efficacité encore incertaine et non remboursé)
— Œstrogènes locaux si ménopause et trophicité vaginale insuffisante

C. Pyélonéphrite aiguë chez la femme

Les pyélonéphrites aiguës sont distinguées selon qu’elles sont simples ou à risque de complication et selon leur gravité. Les facteurs de risque de complication sont ceux évoqués dans le tableau 6 et les complications sont celles décrites au paragraphe B. Ils doivent être systématiquement recherchés.

1. Pyélonéphrite aiguë (PNA) simple sans critère de gravité

Le tableau clinique de la PNA simple associe :

- un début brutal,

- une fièvre élevée (supérieure à 38,5 °C) avec frissons,

- une douleur lombaire le plus souvent unilatérale localisée, avec parfois irradiation vers les organes génitaux externes évoquant alors une colite néphrétique, exacerbée par palpation de la fosse lombaire,

- des signes inconstants de cystite.

Les signes de localisation (douleur lombaire) et les signes urinaires peuvent manquer en particulier chez les sujets diabétiques et les personnes âgées. Il peut donc s’agir d’une fièvre isolée.

2. Examens complémentaires

- a. Examens biologiques

La réalisation d’une BU est souhaitable. Si elle est négative, il est recommandé de rechercher un autre diagnostic.

- L’ECBU est le seul examen biologique nécessaire. Il doit être réalisé avant tout traitement antibiotique

- La présence d’une bactériémie ne modifie pas le pronostic ni la prise en charge des pyélonéphrites aiguës simples. Le prélèvement systématique d’hémocultures n’est donc pas nécessaire devant un tableau clinique typique, mais seulement en cas de doute diagnostique.

- De même, en cas de PNA simple, les autres examens biologiques tels que la NFS (hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles), la CRP (élevée) et la créatininémie (normale en cas de PNA unilatérale simple) ne modifient pas la prise en charge et ne doivent donc pas être effectués de façon systématique.

- b. Examens d’imagerie

- L’échographie rénale et des voies excrétrices n’est indiquée qu’en cas de PNA hyper-algique. Elle est alors réalisée dans les 24 h pour rechercher une complication : lithiase, dilatation des voies urinaires en amont d’un obstacle, suppuration intra- ou péri-rénale. Elle est peu sensible pour détecter un foyer de pyélonéphrite.

- En cas d’évolution défavorable (fièvre après 72 h d’antibiothérapie), il est recommandé d’effectuer une échographie rénale (en cas de suspicion de lithiase) ou un uroscanner (en cas de suspicion d’abcès rénal).

- Aucun autre examen de radiologie n’est nécessaire en cas de PNA simple :

L’urographie intraveineuse (UIV) n’a plus d’indication en cas d’infection urinaire.

L’urétro-cystographie rétrograde peut être envisagée chez le petit garçon ou après plus de 2 épisodes de pyélonéphrite aiguë, à la recherche d’un reflux vésico-urétéral. Elle sera réalisée après vérification de la stérilisation des urines.

3. Traitement de la pyélonéphrite aiguë simple

Le traitement de la PNA simple est ambulatoire. Cependant, une hospitalisation doit être envisagée dans les circonstances suivantes :

- forme hyperalgique,

- doute diagnostique,

- vomissements rendant impossible un traitement par voie orale,

- conditions socio-économiques défavorables,

- doutes concernant l’observance du traitement.

Avant les résultats de l’antibiogramme, on recommande :

- la prescription d’une C3G par voie intraveineuse (céftriaxone ou cefotaxime) ou une fluoroquinolone per os . Le choix entre ces deux alternatives doit tenir compte d’un éventuel traitement antérieur. La prescription d’une fluoroquinolone moins de 6 mois avant la PNA expose au risque de sélection de souches résistantes. L’usage répété de fluoroquinolones n’est pas recommandé chez un même patient.

- La fréquence élevée de résistance d’E. Coli à l’amoxicilline, l’amoxicilline/acide clavulanique et le SMX-TMP ne permettent pas de recommander ces molécules en traitement probabiliste des PNA.

- En cas d’allergie, on peut proposer l’aztreonam.

Après obtention de l’antibiogramme à 48 h, il est recommandé de modifier l’antibiothérapie pour en restreindre le spectre. Les molécules qui peuvent être utilisées en relai sont l’amoxicilline, l’association amoxicilline et acide clavulanique, le céfixime, les fluoroquinolones et le cotrimoxazole.

La durée du traitement est de 7 jours si l’on n’utilise que les C3G injectables ou les fluoroquinolones (d’emblée ou en relai d’une C3G injectable). Lorsque l’antibiothérapie de relai comporte une autre classe thérapeutique, la durée du traitement est de 10 à 14 jours.

Évolution :

- favorable : le suivi est uniquement clinique, l’ECBU de contrôle est inutile sous et après traitement,

- défavorable (fièvre après 72 heures d’antibiothérapie efficace) : ECBU de contrôle avec antibiogramme sous traitement et uroscanner (ou échographie en cas de contre-indication).

4. La PNA à risque de complication, sans signe de gravité

Les signes cliniques sont ceux de la PNA mais s’y associent des facteurs de risque de complication (cf. tableau 6) : en particulier sujet âgé ou fragile, insuffisance rénale sévère, anomalie morphologique rénale ou immunosuppression.

Il est alors recommandé de doser la CRP et la créatininémie, ainsi que d’effectuer un uroscanner dans les 24 h. En cas de contre-indication (insuffisance rénale chronique), une échographie doit être réalisée.

Les critères d’hospitalisations et les traitements sont les mêmes que dans la PNA simple.

Les patientes doivent systématiquement être revues après 72 h de traitement :

- si l’évolution est favorable, aucun examen complémentaire n’est nécessaire,

- si l’évolution n’est pas favorable, les examens à réaliser sont les mêmes que dans la PNA simple (ECBU sous traitement et uroscanner s’il n’a pas été réalisé initialement).

5. La PNA grave (avec ou sans risque de complication)

Les examens complémentaires doivent comporter : NFS, CRP, urée, créatininémie, hémocultures, uroscanner en urgence (ou au plus tard dans les 24 h), ou échographie rénale en cas de contre-indication.

L’hospitalisation est systématique.

Le traitement antibiotique empirique initial repose sur :

- l’association C3G et aminoside (amikacine) par voie intraveineuse,

- en cas de choc septique et de risque d’infection à enterobactérie BLSE (infection BLSE ou antibiothérapie dans les 6 mois précédents, hospitalisation dans les trois mois), association carbapénème et aminoside.

En relai, les mêmes molécules que pour le traitement des PNA sans gravité peuvent être utilisées.

La durée du traitement est de 10 à 14 j mais peut être prolongé en fonction de la situation clinique, en particulier lorsque la gravité repose sur la présence d’une collection suppurée qui nécessite un drainage.

Le suivi est clinique. L’ECBU de contrôle pendant ou après le traitement n’est pas systématique mais seulement en cas d’évolution défavorable ou situation particulière (lithiase).

Le tableau 9 résume le traitement des PNA.

Tableau 9 : Résumé de la prise en charge des PNA.

Diagnostic Traitement initial empirique Relai Durée
PNA simple •C3G injectable (à privilégier si hospitalisation)
...
•Amoxicilline
•Amoxicilline – acide clavulanique
•Fluoroquinolone
...
•7 j si C3G ou FQ
•10-14 j si autre ATB de relai
PNA à risque de complication •Fluoroquinolone per os •Céfixime
•Cotrimoxazole
10-14 j
PNA grave C3G injectable + aminoside 10-14 j (+ si collection)
Choc septique et risque BLSE Carbapénème + aminoside 10-14 j (+ si collection)

6. Quelques situations particulières

Le tableau 10 résume quelques situations cliniques particulières :

Tableau 10 : Situations particulières d’infections urinaires

Situation clinique Particularités
Obstacle •Risque de choc septique
•Dérivation urinaire en urgence
Sujets âgés > 70 ans Présentation souvent atypique rendant le diagnostic difficile  : fièvre absente dans 30 % des cas, douleurs abdominales plutôt
que lombaires dans 20 % des cas, altération de l’état général, confusion
•Septicémie plus fréquente
•Complications des sondages vésicaux à demeure
Abcès du rein •Complication rare
•Scanner indispensable au diagnostic
•Drainage percutané ou chirurgical
•Antibiothérapie prolongée
PNA xanthogranulomateuse •Rare, diagnostic histologique
•Formes focales pseudo-tumorales ou diffuses
•Inflammation subaiguë souvent due à une obstruction
•ECBU stérile dans la moitié des cas (du fait de l’obstruction)
•Destruction progressive du rein
Transplantation rénale •Complication fréquente
•Le transplant est le plus souvent indolore, signes urinaires inconstants : fièvre isolée
Risque de dégradation de la fonction rénale
PNA emphysémateuse Présence de gaz dans le rein au scanner
Les sujets atteints sont souvent diabétiques et/ou immunodéprimés
•Traitement antibiotique plus prolongé
•Peut être polymicrobienne avec bactéries anaérobies (gaz)
•Discuter drainage chirurgical ou en radiologie interventionnelle
•Pronostic rénal engagé (risque de néphrectomie)

 V. INFECTIONS URINAIRES MASCULINES

A. Présentation clinique

En cas d’infection urinaire chez l’homme, aucun examen clinique (palpation des fosses lombaires, examen scrotal, toucher rectal), ni d’imagerie (échographie, IRM) ne permet d’exclure avec certitude une atteinte bactérienne de la prostate. Les différents tableaux cliniques d’infection urinaire chez l’homme (prostatite, orchiépididymite et pyélonéphrite aiguës) ont donc été regroupés sous le terme générique d’infection urinaire masculine et doivent tous être pris en charge de la même façon.

La prostatite aiguë est exceptionnelle chez l’enfant, sa fréquence augmente avec l’âge. La contamination de l’appareil urinaire se fait par voie ascendante le plus souvent. Les bactéries en cause sont les mêmes que celles responsables des pyélonéphrites aiguës (essentiellement les entérobactéries, dont 80 % d’E. coli). La contamination peut être iatrogène après tout geste endo-urétral. Dans ce cas, le risque de bactéries multi-résistantes est plus élevé.

Par définition, les IU masculines ne peuvent pas être simples, puisque le sexe masculin est un facteur de risque de complication. Elles peuvent donc être sans gravité, ou grave.

Les signes cliniques sont extrêmement variés, allant des simples signes fonctionnels urinaires, au choc septique, en incluant une fièvre isolée. Les signes peuvent associer :

- signes fonctionnels urinaires (comme pour les cystites),

- fièvre, frissons,

- rétention aiguë d’urine (la survenue d’une rétention aiguë d’urine en contexte fébrile doit faire évoquer le diagnostic d’infection urinaire masculine en première intention),

- parfois, des signes de localisation qui ne changent pas la prise en charge et qui n’éliminent pas une atteinte possible associée de la prostate : douleur à l’ébranlement d’une fosse lombaire évoquant une PNA (très rare chez l’homme en l’absence d’anomalie du tractus urinaire), prostate douloureuse et tendue au toucher rectal évoquant le diagnostic de prostatite aiguë, bourse chaude rouge et douloureuse évoquant le diagnostic d’orchiépididymite.

L’interrogatoire recherchera des antécédents de maladie vésico-prostatique préexistante  : pollakiurie, miction impérieuse, diminution de la force du jet, nycturie, dysurie, ou anomalie au toucher rectal.


B. Examens complémentaires

La BU est conseillée lors de la présentation du patient. Mais dans tous les cas, un ECBU doit être réalisé avant de débuter le traitement (une BU négative n’élimine pas le diagnostic).

Les hémocultures ne sont à prélever qu’en cas de fièvre associée.

Le dosage du PSA n’est pas recommandé.

Une échographie de l’appareil urinaire par voie sus-pubienne doit être réalisée dans les 24 h lorsque l’on suspecte une obstruction (lithiase, douleur lombaire, rétention aiguë d’urine). À la phase aiguë, l’échographie endo-rectale est douloureuse et n’est donc pas recommandée.

En cas d’évolution défavorable après 72 h de traitement :
- échographie par voie endo-rectale ou IRM prostatique
pour l’exploration de la prostate,
- uroscanner pour l’exploration des reins et des uretères.

C. Traitement des infections urinaires masculines

Les indications de l’hospitalisation sont les mêmes qu’en cas de PNA (voir paragraphe IV. C. 4.), auxquels s’ajoutent :

- les critères de gravité : sepsis sévère, choc septique, nécessité d’un drainage,

- les facteurs de risque de complications en plus du sexe masculin (qui sont les mêmes que chez la femme, voir tableau 6) : sujet âgé ou fragile, insuffisance rénale chronique sévère ou uropathie, immunodépression.

Le traitement antibiotique empirique avant les résultats de l’ECBU est :
- pour les IU masculines sans signe de gravité, identique aux PNA à risque de complication : C3G injectable ou fluoroquinolone,
- pour les IU masculines graves, identique aux PNA graves : C3G injectable (ou carbapénème) + aminoside.

Après réception de l’antibiogramme à 48 h, les deux molécules à privilégier sont :

- 1er : Fluoroquinolone : contrairement à la prescription chez la femme, les fluoroquinolones doivent être évitées pour éviter l’augmentation de la résistance des bactéries urinaires à cette classe antibiotique, elles constituent le traitement de 1er choix en cas d’IU masculine à bactérie sensible en raison de leur excellente diffusion prostatique,

- 2e : Cotrimoxazole.

Les autres alternatives selon l’antibiogramme sont les C3G injectables et l’amoxicilline.

Les molécules suivantes ne doivent pas être utilisées même en cas d’IU masculine avec une bactérie sensible du fait de leur diffusion prostatique insuffisante : céfixime, association amoxicilline-ac. clavulanique, nitrofurantoïne, fosfomycine-trométamol.

La durée de l’antibiothérapie est de 14 jours en cas d’IU masculine aiguë sans gravité, pauci-symptomatique et sans facteur de risque de complication autre que le sexe masculin, traitée par fluoroquinolone ou cotrimoxazole. Dans les autres cas elle est de 3 semaines voire plus selon le contexte (lithiase, abcès prostatique, nécessité de drainage).
Un traitement antibiotique trop court est un facteur d’échec thérapeutique.

En cas de rétention aiguë d’urine, le drainage urinaire peut être assuré par cathétérisme sus-pubien, mais aussi par sondage vésical (ce n’est plus une contre-indication dans les dernières recommandations).

Bilan au décours  :

- Après un 1er épisode d’IU masculine, le suivi est clinique essentiellement. Aucun examen complémentaire n’est nécessaire en cas d’évolution favorable et en l’absence d’antécédent de maladie vésico-prostatique préexistante (pollakiurie, miction impérieuse, diminution de la force du jet, nycturie, dysurie, ou anomalie au toucher rectal).

- Après un 2e épisode, la recherche d’anomalie vésico-prostatique sera complétée par une échographie des voies urinaires avec quantification du résidu post-mictionnel, une débimétrie urinaire et une consultation d’urologie.

 VI. IU GRAVIDIQUES

Les IU sont fréquentes au cours de la grossesse. Elles peuvent avoir des conséquences graves pour la mère et le fœtus. C’est pourquoi le dépistage d’une colonisation urinaire est recommandé chez toutes les femmes enceintes une fois par mois à partir du 4e mois.

A. Colonisation urinaire gravidique

Elle touche environ 5 % des grossesses. Contrairement à ce qui est observé chez les femmes qui ne sont pas enceintes, elle a tendance à persister en l’absence de traitement et se complique de PNA gravidique dans 1/3 des cas environ. Le traitement systématique des colonisations urinaires gravidiques diminue l’incidence des PNA gravidiques.

Elle est définie par l’isolement d’une même bactérie en quantité ≥ 105 UFC/ml sur deux prélèvements urinaires à 1 ou 2 semaines d’intervalle en l’absence totale de symptôme urinaire.

Elle est recherchée par BU (femmes sans antécédent particulier) ou par ECBU (femmes aux antécédents d’IU, d’uropathie ou de diabète) tous les mois à partir du 4e mois. Lorsque la BU est positive, un ECBU doit systématiquement être effectué.

Les molécules utilisables pour le traitement sont identiques à celles préconisées pour le traitement des cystites aiguës à risque de complication après le résultat de l’ECBU, en privilégiant la fosfomycine-trométamol en prise unique.

On conseille d’effectuer un ECBU une semaine après la fin du traitement, puis tous les mois jusqu’à l’accouchement.

B. Cystite gravidique

Elle affecterait environ 1 % des femmes enceintes.

Le traitement empirique doit être débuté après réalisation d’un ECBU sans en attendre le résultat. Les antibiotiques conseillés sont les mêmes que ceux utilisés pour traiter les cystites aiguës à risque de complication, en privilégiant la fosfomycine-trométamol en prise unique.

Il est conseillé de réaliser un ECBU une semaine après la fin du traitement antibiotique puis une fois par mois jusqu’à l’accouchement.

C. PNA gravidique

Elle est fréquente et présente quelques spécificités :

- plus souvent droite que gauche (pression de l’utérus sur l’uretère droit),

- seule imagerie autorisée : échographie,

- comporte un risque maternel (septicémie, sepsis grave) et fœtal (prématurité).

Examens biologiques recommandés : ECBU, NFS, CRP, ionogramme plasmatique, urée, créatinine, hémocultures.

Une échographie sera effectuée en urgence (dans les 24 h) en cas de PNA hyperalgique ou de doute sur un obstacle urétéral. L’échographie doit être interprétée en tenant compte de la dilatation habituelle des cavités pyélocalicielles au cours de la grossesse (pression de l’utérus sur les uretères, effets myorelaxant de la progestérone diminuant le péristaltisme urétéral).

Un examen obstétrical est systématique, quel que soit le terme de la grossesse.

Le traitement doit être débuté dès les prélèvements faits, sans attendre les résultats de l’ECBU. Il suit les principes du traitement des PNA à risque de complication (grave ou non suivant si la PNA gravidique l’est ou pas, tableau 10), en privilégiant :

- une hospitalisation dans la majorité des cas. Celle-ci sera courte (48-72 h) en l’absence de gravité et d’élément pouvant interférer avec l’efficacité du traitement (vomissement, inobservance, risque de complication, gravité, examen obstétrical normal…),

- un traitement par C3G injectable initialement (+ amikacine en cas de signe de gravité),

- un traitement de relai après réception de l’antiobiogramme (tableau 9).

La durée du traitement est de 10 à 14 j. L’évolution doit être vérifiée cliniquement à 48-72 h du début du traitement. Un ECBU est conseillé une semaine après la fin du traitement, puis tous les mois jusqu’à l’accouchement.

 VII. IU DE L’ENFANT

A. Épidémiologie

Les bactéries rencontrées et le mode de contamination sont identiques chez l’enfant et l’adulte. L’émergence d’IU communautaires dues à des bactéries produisant une BLSE nécessite une réévaluation permanente de ces recommandations.

B. Prélèvement d’urine chez l’enfant

Difficultés du recueil urinaire chez l’enfant avant l’acquisition de la propreté :

Bandelette urinaire :
- valeur prédictive négative > 90 % dès l’âge d’un mois
lorsqu’elle ne montre ni leucocytes ni nitrites,
- bonne valeur prédictive positive en cas de présence de leucocytes ET de nitrites
. La valeur prédictive positive en cas de leucocyturie isolée est insuffisante.

Possible faux positif après recueil urinaire par poche stérile du fait de la contamination par les bactéries commensales périnéales, même lorsque les conditions de recueil urinaire optimales ont été respectées (bonne désinfection périnéale avant pose de la poche, faible durée du recueil, acheminement rapide au laboratoire). Ce type de recueil reste tout de même intéressant lorsque la probabilité d’IU est élevée, c’est-à-dire quand la BU montre leucocytes et nitrites en grande quantité.

En conséquence en dehors des situations d’urgence ou graves (âge < 3 mois, sepsis sévère, neutropénie…), il est recommandé, dès l’âge d’un mois :
- d’effectuer une BU avant d’envisager un ECBU,
- en cas de BU positive pour les leucocytes et/ou les nitrites, d’effectuer un ECBU en privilégiant le prélèvement au jet, le cathétérisme urétral ou la ponction sus-pubienne (le recueil par poche reste envisageable si la BU montre une leucocyturie et des nitrites en grande quantité),
- de prélever en plus une hémoculture dans les formes graves ou les sujets à risque (uropathie, âge < 3 mois…).

C. Particularités cliniques

1. La cystite

Chez le nourrisson :

- pauvreté des signes fonctionnels,

- diagnostic souvent au stade de PNA.

Chez l’enfant plus grand : après l’acquisition de la propreté :

- signes urinaires identiques à ceux de l’adulte,

- énurésie avec pollakiurie diurne parfois révélatrice.

En cas de suspicion de cystite, on recommande d’effectuer une BU puis un ECBU si celle-ci montre une leucocyturie et/ou la présence de nitrites. Si la BU est négative, un autre diagnostic doit être envisagé.

Traitement : amoxicilline et acide clavulanique, ou cotrimoxazole, ou céfixime dès l’ECBU prélevé. Adaptation secondaire à l’antibiogramme si besoin.

La durée totale du traitement est de 5 jours.

Ces options thérapeutiques sont reprises dans le tableau 11.

2. Infections urinaires fébriles

Ce terme est actuellement préféré à celui de PNA, car en cas de fièvre avec des urines infectées, une atteinte du parenchyme rénal n’a pas toujours pu être démontrée.

Présentation clinique :

- chez l’enfant de moins de 3 mois, le tableau peut être celui d’une septicémie qui peut mettre en jeu le pronostic vital,

- chez l’enfant plus grand, fièvre, douleurs lombaires et signes urinaires,

- à tous les âges, le tableau peut être atypique : fièvre prolongée isolée, vagues douleurs abdominales, asthénie,

- chez le nourrisson, il faut rechercher des anomalies de la région périnéale (hypo ou épispadias, malposition anale…).

Les possibilités thérapeutiques sont limitées chez l’enfant : quinolones, fosfomycine, nitrofuradoïne et pivmécilinam sont contre-indiquées, n’ont pas d’AMM, ou encore ne sont pas commercialisées avec une galénique pédiatrique (tableau 11).

- En cas de situation grave : âge < 3 mois, sepsis sévère, uropathie sous-jacente :

Hospitalisation,

C3G injectable + amikacine.

- En l’absence de gravité :

Traitement ambulatoire,

C3G injectable (par voie IV ou IM) ou aminoside IV seul, voire C3G orale dans les situations les moins sévères.

Dans tous les cas, après réception de l’antibiogramme, on envisage un relai par :

- Amoxicilline (sauf pour E. coli qui présente des concentrations minimales inhibitrices à l’amoxicilline élevées même lorsqu’il est sensible),

- Cotrimoxazole chez l’enfant de plus de 1 an,

- Céfixime,

- (Ciprofloxacine : contre-indiquée chez l’enfant avant la fin de la croissance du fait d’un risque d’atteinte articulaire grave).

La durée totale du traitement est de 10 jours (sauf en cas de traitement par ciprofloxacine où le traitement peut être diminué à 7 jours).

Le reflux vésico-urétéral est fréquent surtout en cas d’IU récidivantes. Cependant, il s’agit le plus souvent de reflux de bas grade, guérissant spontanément avec l’âge et pour lesquels aucun traitement ne doit être envisagé. En cas d’UTI récidivantes, une échographie rénale (recherche d’hypoplasie ou de dysplasie rénales) et une cystographie rétrograde seront envisagées au cas par cas.

Tableau 11 : résumé du traitement des IU de l’enfant :

Situation clinique Antibiothérapie initiale Relai Durée
Cystite aiguë •Amoxicilline- acide clavulanique
• Cotrimoxazole •Céfixime
5 jours
IU fébrile non grave •C3G IV ou IM
•Aminoside seul IV
•Céfixime (forme peu sévère)
•Amoxilline (sauf E. coli)
•Cotrimoxazole
•Cefixime
•Ciprofloxacine (après croissance)
10 j
(sauf FQ, 7 j)
IU fébrile grave •C3G IV + aminoside

VIII. INFECTIONS URINAIRES CHEZ LES PATIENTS PORTEURS D’UNE SONDE VESICALE

A. Critères diagnostiques

Le diagnostic d’IU sur sonde est surtout un diagnostic d’élimination. Les signes locaux (impériosité, pollakyurie, brulures mictionnelles) sont non spécifiques : souvent absents du fait de l’écoulement continu des urines, ou au contraire présents sans infection en particulier peu après sa mise en place.

On évoque une IU sur sonde vésicale devant les signes cliniques suivants, lorsque les autres causes ont été éliminées :

- fièvre ou hypothermie,

- hypotension,

- malaise général, léthargie, altération de l’état mental.

La BU est inutile. Un ECBU sera directement prélevé sur l’opercule de prélèvement de la sonde urinaire, sans la changer.

Une IU sur sonde est évoquée en cas d’association des signes cliniques précédents à une bactériurie ≥ 105 UFC/ml, quelle que soit la leucocyturie (tableau 2). La leucocyturie est très fréquente en cas de sondage vésical et n’a donc pas de valeur dans le diagnostic.

B. Traitement

1. Indications

Il n’y a pas lieu de dépister systématiquement ni de traiter une colonisation urinaire sur sonde (absence totale de symptôme) sauf avant une intervention chirurgicale au contact de l’urine.

En particulier, il n’y a pas lieu de rechercher ni de traiter une colonisation urinaire avant l’ablation d’une sonde vésicale.

2. Modalités du traitement

Le traitement doit être débuté dès les prélèvements en cas de fièvre et en urgence en cas de sepsis sévère.

Avant les résultats de l’ECBU :

- pipéracilline – tazobactam ou C3G injectable + aminoside (amikacine) si sepsis sévère,

- en cas d’allergie : aminoside seul chez la femme et fluoroquinolone ou cotrimox-azole chez l’homme.

Il est recommandé de retirer ou de changer la sonde vésicale 24 h après le début du traitement.

Après les résultats de l’antibiogramme à 48 h, voir les modalités du traitement de relai des PNA pour les femmes et celles des infections urinaires masculines pour les hommes.

En cas de colonisation urinaire sur sonde vésicale avant une chirurgie au contact de l’urine il faut :

- débuter une antibiothérapie selon les données de l’antibiogramme,

- changer la sonde vésicale après 24 h de traitement adapté,

- traiter au moins 48 h avant de débuter la chirurgie,

- traiter jusqu’à l’ablation de la sonde vésicale, ou pour 7 jours lorsque cette sonde ne peut être retirée après chirurgie.

 IX. ENTEROBACTERIES PRODUCTRICES DE β-LACTAMASE A SPECTRE ETENDU (EBLSE)

Épidémiologie :

- Depuis le début des années 2000, on assiste à une pandémie mondiale de -bactéries produisant une BLSE.

- Il s’agit surtout d’entérobactéries (EBLSE) au premier rang desquelles E. coli et Klebsiella pneumoniae, et principalement d’infections nosocomiales.

Caractéristiques bactériologiques :

- Les BLSE sont des enzymes qui hydrolysent potentiellement toutes les β-lactamines à l’exclusion des carbapénèmes et des céphamycines (famille de C2G comportant la céfoxitine). Les différentes BLSE hydrolysent cependant les β-lactamines avec des fréquences différentes :

pénicillines, amoxicilline-acide clavulanique, C1G, C2G (sauf céphamycines) et C3G sont hydrolysées par > 90 % des BLSE : ces antibiotiques ne sont donc pas utilisables le plus souvent

pipéracilline-tazobactam n’est hydrolysé que par 20 % des BLSE. Cet antibiotique est donc parfois utilisable en relai.

- Les EBLSE expriment souvent des résistances à d’autres classes d’antibiotique. En particulier elles sont souvent aussi résistantes aux fluoroquinolones et au cotrimoxazole.

- Les BLSE sont souvent portées par des plasmides qui peuvent facilement se transmettre d’une entérobactérie à une autre au sein du tube digestif. Les mesures d’isolement prophylactique et d’hygiène des mains sont donc fondamentales pour limiter la propagation des EBLSE à l’hôpital.

Facteurs de risque d’infection avec une EBLSE :

- colonisation urinaire ou IU à EBLSE dans les 6 mois précédents,

- antibiothérapie par pénicilline et inhibiteur de pénicillinase, céphalosporine de 2e ou 3e génération, ou fluoroquinolone dans les 6 mois précédents,

- voyage récent en zone d’endémie d’EBLSE : Asie du sud-Est (Inde en particulier), Moyen Orient (Israël), Afrique, Italie, Grèce, Portugal,

- hospitalisation dans les 3 mois précédents ou vie en établissement de long-séjour.

Conséquences thérapeutiques :

- Le risque d’infection à EBLSE doit être pris en compte pour le choix de l’antibiothérapie empirique (avant réception de l’antibiogramme) en cas d’IU grave : carbapénème et amikacine.

- Après réception de l’antibiogramme, l’antibiothérapie doit systématiquement être modifiée pour réduire son spectre et en particulier éviter l’utilisation des carbapénèmes chaque fois que cela est possible (pipéracilline et tazobactam, lorsque la bactérie est sensible).

- La durée de l’antibiothérapie ne doit pas être modifiée. En effet, les IU dues à EBLSE ne sont pas intrinsèquement plus graves, les options thérapeutiques sont juste plus limitées (moins d’antibiotiques efficaces).

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